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Alger-Marseille sur un bateau français

Une traversée en garde-à-vue : Des violences psychologiques, des menaces et une attitude scandaleuse du personnel de la SNCM à l’encontre des Algériens.
Marseille 20 avril.

 

La simple traversée a viré au cauchemar à bord d'un bateau de la compagnie française SNCM. Karima, qui a vécu avec son fils de sept ans ce «voyage de la haine aux aspects de Guantanamo» ne comprend pas les motifs de la haine raciste à huis clos. Elle raconte comment les Algériens furent maltraités par un personnel de bord en perte de repaires et sans le moindre indice de savoir-vivre habituel dans un bâtiment de croisière.« Dès l’instant où la galère française  Casanova a quitté le port d’Alger, un climat de peur s’est abattu sur nous. On s’est vu confisquer notre liberté et notre fierté. Le personnel a subitement pris des allures de CRS en civil. On a été méprisés, injuriés, humiliés et parqués comme des prisonniers quadrillés par des interdits de bouger. Traités ouvertement  avec méchanceté, nous étions sous un statut d’otages sans droit, obligés de garder le silence et de subir les cris  vociférés par  nos gardiens  chauffés à blanc par la haine de l’Algérie». 
 
 

L’opération racket a commencé par la surtaxe pour l’affectation des cabines. Karima témoigne des déboires d’un malheureux vieillard malmené et traîné vers un bureau loin des regards sans le moindre respect à son âge. Il avait  osé protester à l’idée d’être séparé de son épouse malade, sous l’emprise de la peur et ne parlant que le kabyle. Il avait pourtant payé une cabine à deux. Les enchères sont montées jusqu’à 200 euros. La tactique mafieuse était simple : imposer la séparation des familles et  proposer une surtaxe pour les remettre ensemble.En guise de repas chaud, une viande nauséabonde de mouton a été proposée pour 30 euros. Personne n’a osé toucher aux plats servis et payés. Tétanisés par l’ambiance carcérale, les malheureux «touristes» ont préféré le silence. Seules deux ou trois femmes ont osé lever le ton sur la qualité douteuse de cette cuisine française  : «Vous voulez du halal ? On vous sert du halal, à bouffer ou à laisser», réplique le chef de rang avec un sourire  de pervers.
 

A Marseille, ce fut le couronnement. Les passagers, chargés de leurs bagages, sont passés par des dédales sinueux pour accéder au poste de contrôle. «Ne vous plaignez pas, leur lance  un membre de l’équipage. En été, on vous promet 10 kilomètres de marche à pied». Au poste de police, nos compatriotes ont eu droit à un accueil de la «sauce» sécuritaire. Les escadrons de policiers, visiblement excités, pointent leurs armes, le doigt sur la détente et canon dirigé sur les têtes. Cela se passe en avril 2011. La guerre d’Algérie est finie depuis 40 ans. En principe.
Rachid Lourdjane - El Watan

 
Tag(s) : #Mer

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